Week-ends au calme

Partir le vendredi soir ou le samedi matin : ce que ça change vraiment

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Pendant les huit années où j’ai tenu l’accueil de deux maisons d’hôtes, j’ai vu arriver deux types de clients du week-end : ceux qui débarquaient le vendredi soir, souvent après vingt et une heures, et ceux qui prenaient leur temps le samedi matin. Les deux groupes vivaient deux week-ends complètement différents, alors qu’ils réservaient parfois exactement la même chambre pour les mêmes deux nuits.

Le vendredi soir, un gain de temps qui se paie en fatigue

Sur le papier, partir le vendredi soir juste après le travail donne une nuit de plus sur place, donc davantage de temps. Dans les faits, ce que je voyais arriver à l’accueil, c’était des gens sortis du bureau, arrivés en gare fatigués, ayant raté le dernier repas correct à proximité, et posant leur sac dans la chambre vers vingt-deux heures trente sans plus d’énergie pour rien d’autre qu’un couvre-lit et un oreiller. Le vendredi soir n’ajoute pas vraiment une journée : il ajoute une nuit de sommeil, à condition que cette nuit ne soit pas elle-même sacrifiée par un trajet en retard ou un dîner improvisé debout dans un train.

J’ai un souvenir précis d’un couple parti un vendredi à dix-neuf heures depuis Paris pour rejoindre une petite ville du Loir-et-Cher, avec une correspondance à Vierzon. Le premier train avait du retard, la correspondance a été ratée de quatre minutes, et ils sont arrivés chez nous après vingt-trois heures, sans avoir mangé. Ils ont profité de leur samedi et de leur dimanche normalement, mais leur vendredi soir, censé être un gain, s’est transformé en simple trajet stressant. Ce n’est pas une raison pour renoncer au départ du vendredi, c’est une raison de prévoir une marge large sur les correspondances si on choisit cette option.

Le samedi matin, une journée pleine mais amputée

Partir le samedi matin, en général plus tranquillement, avec une vraie nuit de sommeil derrière soi, change l’arrivée. Les gens que je recevais en fin de matinée le samedi étaient dans un état complètement différent de ceux du vendredi soir : reposés, capables de profiter du logement dès l’arrivée, parfois même de poser leurs affaires et de repartir marcher tout de suite. Le prix à payer, c’est qu’on perd mécaniquement une soirée sur place. Le week-end passe alors de deux soirées et demie de présence réelle à une soirée et demie, ce qui n’est pas neutre sur un format déjà court.

J’ai vu les deux fonctionner. Ce qui fait pencher la balance, dans mon expérience, c’est moins la destination que l’état de fatigue au moment de partir. Après une semaine de travail difficile, prendre le temps de dormir chez soi et partir frais le samedi matin vaut souvent mieux que grappiller une soirée en arrivant épuisé.

Le cas du dernier train

Il y a un scénario que je déconseille systématiquement depuis mes années d’accueil : le dernier train du vendredi soir, celui qui arrive après vingt-trois heures dans une gare qui n’est pas la destination finale mais un point de correspondance ou un point d’où il faut encore marcher vingt minutes. J’ai reçu des clients arrivés à minuit passé, épuisés, dans une chambre qu’ils ne verraient de toute façon presque pas avant le lendemain matin. Le gain de temps réel était presque nul par rapport à un départ le samedi à huit heures, et la fatigue accumulée, elle, était bien réelle.

Si l’horaire du vendredi soir implique une arrivée après vingt-deux heures trente avec encore de la marche ou une correspondance à faire, je regarde sérieusement l’option du samedi matin à la place, même si elle réduit le nombre de nuits sur place.

Ce que ça change pour le repas du premier soir

Un détail que je n’avais pas anticipé avant de devenir moi-même voyageur régulier : arriver un vendredi soir tard veut souvent dire chercher un endroit encore ouvert pour manger, dans une ville qu’on ne connaît pas, avec une carte qu’on découvre sur place. Arriver le samedi en milieu de journée laisse le temps de repérer un endroit correct pour le déjeuner, sans urgence. Ce n’est pas un détail de confort mineur : le premier repas donne souvent le ton de tout le séjour, dans un sens ou dans l’autre.

Le samedi soir amputé, une conséquence qu’on oublie

Partir le samedi matin a une autre conséquence que je n’avais pas mesurée avant de la vivre : la première soirée sur place, celle du samedi, est aussi la dernière avant le retour du dimanche. Il n’y a donc qu’une seule vraie soirée à savourer, contre potentiellement deux si on était parti le vendredi. J’ai vu des clients arrivés le samedi en milieu de journée vouloir tout faire tenir dans cette unique soirée, un dîner un peu spécial, une balade nocturne, ce qui recréait, à une autre échelle, la même surcharge que celle d’un programme trop rempli sur deux jours entiers. Partir le samedi n’évite pas le problème du remplissage, il le déplace simplement sur une fenêtre plus courte.

Le cas particulier du samedi après-midi

Il existe une troisième option, moins évidente, que je recommande parfois pour les destinations proches : partir le samedi après-midi plutôt que le matin. Ça laisse une vraie matinée de samedi chez soi, sans se presser, sans réveil forcé, et ça n’ampute qu’une soirée sur place plutôt que d’imposer un lever tôt un jour censé être un jour de repos. J’ai testé cette formule pour un week-end à Chalon-sur-Saône, à moins de deux heures de chez moi, et le confort du départ tranquille a largement compensé la soirée en moins sur place. Cette option ne fonctionne évidemment que si la destination reste proche, mais elle mérite d’être considérée avant de se caler par défaut sur un départ matinal.

Ma règle personnelle, depuis que j’écris plutôt que j’accueille

Je regarde d’abord l’horaire d’arrivée réel, pas la durée du trajet affichée. Un trajet de deux heures qui arrive à vingt et une heures trente me convient très bien un vendredi soir. Le même trajet qui arrive après vingt-trois heures, je préfère le décaler au samedi matin, quitte à perdre une nuit sur place. Ce n’est pas une règle universelle, c’est une règle que j’ai construite en observant, pendant huit ans, l’état dans lequel arrivaient les gens selon l’heure de leur train, et en la confrontant ensuite à mes propres départs.

Le vendredi soir peut être une vraie réussite, à condition de le traiter comme un trajet fragile, avec de la marge. Le samedi matin est plus sûr, mais plus court. Aucun des deux n’est le bon choix dans l’absolu : c’est l’état de fatigue au départ et la marge sur les correspondances qui devraient trancher, bien avant la destination elle-même.

La lettre du dimanche soir

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