Cet article peut contenir des liens affiliés. Si vous réservez ou achetez via ces liens, Poser ses Valises peut percevoir une petite commission, sans surcoût pour vous. En savoir plus.
Il y a une idée assez répandue selon laquelle voyager, c’est justement sortir de sa routine, tout laisser derrière soi. J’ai longtemps partagé cette idée, avant de remarquer, en tenant une maison d’hôtes pendant huit ans, que les clients qui semblaient le plus reposés à la fin de leur séjour n’étaient pas ceux qui avaient tout changé d’un coup, mais ceux qui avaient gardé, sans même y penser, deux ou trois habitudes simples de chez eux.
Le café du matin, un repère plus qu’un plaisir
Le café du matin est le premier exemple qui me vient, parce que je l’ai observé des centaines de fois à la réception. Les clients qui prenaient leur café à peu près à la même heure chaque matin, dans le même genre de tasse, avec le même genre de calme, commençaient leur journée d’une manière plus posée que ceux qui improvisaient chaque matin un nouveau rythme. Ce n’est pas une question de qualité du café, d’ailleurs certains prenaient un café tout à fait ordinaire, mais une question de repère. Le corps et l’esprit reconnaissent ce moment, même dans un endroit inconnu, et ce petit ancrage suffit à donner à la journée un début familier, alors que tout le reste, la ville, la chambre, les gens, est nouveau.
Personnellement, je garde toujours ce moment le matin, où que je sois, même si le café lui-même n’est jamais tout à fait le même. Je m’assois, je ne fais rien d’autre pendant ces dix minutes, pas de téléphone, pas de carte à consulter. C’est un moment volontairement vide, et c’est justement ce vide qui le rend utile : il sépare le sommeil du reste de la journée, un peu comme il le ferait à la maison.
La marche du soir, pour fermer la journée
À l’autre bout de la journée, j’ai pris l’habitude de marcher un peu le soir, sans but précis, juste pour clore la journée avant de rentrer me coucher. Ce n’est pas une visite, je ne cherche pas à voir quelque chose de particulier, je marche simplement dans les rues proches de l’endroit où je dors, souvent les mêmes rues plusieurs soirs de suite si je reste dans la même ville. Cette marche joue un rôle assez proche de celui du café du matin, mais à l’envers : elle signale à l’esprit que la journée se termine, que le moment de se détendre pour de bon est arrivé.
J’ai remarqué que sans ce genre de transition, une journée de voyage bien remplie s’arrête d’un coup, on rentre dans la chambre, on se couche, et l’esprit reste encore plein de ce qui s’est passé dans la journée. La marche du soir, même courte, dix ou quinze minutes, crée une coupure nette entre l’activité de la journée et le moment de dormir, un peu comme le trajet du travail à la maison le fait au quotidien pour beaucoup de gens.
Pourquoi ces habitudes, précisément
Le café du matin et la marche du soir ne sont pas des choix au hasard, ce sont les deux moments d’une journée de voyage les plus faciles à répéter, quel que soit l’endroit. On trouve un café à peu près partout, on peut marcher dans n’importe quelle rue. D’autres habitudes, plus ancrées dans un lieu précis, comme un parcours de sport particulier ou un rituel qui demande un équipement précis, sont beaucoup plus difficiles à reproduire en voyage, et essayer de les maintenir devient vite une source de frustration plutôt qu’un réconfort. C’est pour ça que je me suis concentré sur ces deux moments-là, simples, transportables, presque toujours réalisables où que je sois.
Une routine de voyage utile n’est pas celle qui ressemble le plus à la vie de tous les jours, c’est celle qu’on peut reproduire n’importe où, avec presque rien.
Ce que je ne cherche pas à reproduire
Je ne cherche jamais à reproduire l’intégralité de mon quotidien en voyage, ce serait à la fois impossible et contraire à l’idée même de voyager. Je ne m’inquiète pas de manger exactement à la même heure qu’à la maison, ni de dormir dans le même genre de lit, ni de suivre le même emploi du temps. Ce qui compte, à mon sens, ce sont un ou deux points d’ancrage, pas plus, suffisamment simples pour ne jamais devenir une contrainte. Trop de routine en voyage finit par ressembler à une liste de règles à respecter, ce qui va à l’encontre du repos qu’on cherche justement en gardant ces habitudes.
Un exemple vécu, à Annecy
Je me souviens d’un séjour de quatre jours à Annecy, où j’avais gardé ces deux habitudes chaque jour, café assis sans téléphone le matin, marche sans but le soir le long du même quartier. Le reste du séjour avait été assez chargé, avec des journées de marche longues et un logement plus bruyant que prévu la nuit. Malgré ça, j’étais rentré de ce séjour avec une impression de calme assez nette, que j’attribue en grande partie à ces deux moments répétés chaque jour, presque identiques, au milieu de journées par ailleurs très différentes les unes des autres.
Une routine qui voyage avec soi
Après des années à observer ce genre de détail chez d’autres, puis à le pratiquer moi-même, je suis convaincu que garder un peu de routine en voyage n’a rien à voir avec le fait de refuser le changement. C’est plutôt une façon de s’assurer que, quel que soit l’endroit où l’on se trouve, il reste au moins deux moments dans la journée où l’on sait exactement à quoi s’attendre. Le reste de la journée peut être aussi imprévisible qu’on le souhaite, ce socle-là suffit à rendre le voyage plus doux, du premier jour au dernier.
Quand ces habitudes deviennent difficiles à tenir
Il y a des séjours où même ces deux habitudes simples deviennent difficiles à maintenir, en particulier lors de trajets très courts, une seule nuit sur place avant de repartir, ou lors de journées entièrement contraintes par un horaire de train serré. Dans ce cas, je ne me force jamais à les caser artificiellement, ce qui reviendrait à transformer un repère utile en une nouvelle source de pression. Je préfère en garder au moins une, souvent le café du matin qui demande moins de temps que la marche du soir, plutôt que d’essayer de maintenir les deux à tout prix et de finir par les vivre comme une corvée de plus ajoutée à une journée déjà chargée. L’idée n’est jamais de cocher une case, seulement de garder, quand c’est possible, un ou deux moments qui ressemblent à ce qu’on connaît déjà.
Une routine qui ne dépend jamais du décor
Ce qui me plaît, avec ces deux habitudes précises, c’est qu’elles ne demandent jamais un décor particulier pour fonctionner. Le café du matin marche aussi bien dans un logement simple que dans une chambre plus soignée, la marche du soir se fait aussi bien dans une petite ville qu’au bord d’un grand lac. Je l’ai remarqué en particulier lors d’un séjour à Besançon où le logement était modeste, presque quelconque, sans rien de mémorable en soi. C’est justement ce genre de séjour, sans décor particulier pour porter l’ambiance, qui montre le plus clairement à quel point ces deux moments de routine suffisent, à eux seuls, à donner une forme et une régularité à des journées qui, autrement, auraient pu paraître un peu vides de repères.


