Rituels de voyage

La sieste assumée, ce que j’ai fini par accepter en voyage

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Pendant longtemps, faire la sieste en voyage me semblait presque une faute, comme si je gâchais une journée qui aurait dû être occupée. Puis, en tenant une maison d’hôtes pendant huit ans, j’ai vu passer des centaines de voyageurs, et j’ai fini par remarquer une chose assez simple : ceux qui s’accordaient une vraie pause l’après-midi, même courte, racontaient leur séjour d’une manière plus posée que ceux qui enchaînaient sans jamais s’arrêter. Ce n’était pas une observation scientifique, seulement celle d’un homme qui servait le petit-déjeuner tous les matins et qui entendait les récits de la veille.

Le mur de l’après-midi, un classique du voyage

Il y a un moment, presque toujours entre le début et le milieu de l’après-midi, où la fatigue du trajet, de la marche, ou simplement d’une matinée bien remplie retombe d’un coup. Je l’ai vécu moi-même de nombreuses fois, en particulier après une arrivée matinale en train suivie d’une longue marche dans une ville inconnue. Pendant des années, je forçais le passage, je continuais à visiter, à marcher, avec l’idée qu’il fallait profiter de chaque heure. Le résultat était presque toujours le même : une fin d’après-midi traînante, une irritabilité que je ne m’expliquais pas sur le moment, et une soirée gâchée par une fatigue que je n’avais pas su écouter à temps.

Ce que j’ai changé, concrètement

Aujourd’hui, quand ce mur de l’après-midi arrive, je m’arrête, et je fais une vraie pause, souvent une sieste courte, parfois seulement une demi-heure allongé dans la chambre, rideaux tirés. Je ne culpabilise plus, et surtout je ne considère plus ça comme une pause volée au voyage, mais comme une partie du voyage lui-même. Ce changement d’état d’esprit a mis du temps à s’installer, parce qu’il va à l’encontre d’une idée assez répandue selon laquelle un bon voyage doit être rempli du matin au soir. J’ai fini par constater l’inverse : les journées où je m’accordais cette pause étaient souvent celles dont je gardais le meilleur souvenir, parce que la soirée qui suivait était plus légère, plus disponible, plutôt que traînée derrière une fatigue accumulée.

Une pause courte, pas un après-midi entier

Je précise que je parle d’une pause courte, pas d’un après-midi entier passé au lit, ce qui serait une autre histoire. Une demi-heure, parfois quarante-cinq minutes, dans le calme, suffit largement à faire retomber ce mur de fatigue. J’ai remarqué, à la réception de la maison d’hôtes, que les clients qui s’accordaient ce genre de pause repartaient ensuite pour la soirée avec plus d’énergie que ceux qui n’avaient jamais interrompu leur journée. À l’inverse, ceux qui dormaient l’après-midi entier ratant complètement leur soirée, souvent parce qu’ils se réveillaient au mauvais moment, groggy, avec le rythme du sommeil complètement décalé. Il y a donc une mesure à trouver, et elle est plutôt courte.

Où faire cette pause quand on n’a pas de chambre

Tout le monde n’a pas toujours accès à une chambre en milieu d’après-midi, en particulier lors d’une journée de visite ou d’un trajet en train. Dans ce cas, je cherche simplement un endroit tranquille pour m’asseoir, fermer les yeux, sans nécessairement dormir. Un banc à l’ombre, un wagon de train calme, un café peu fréquenté à cette heure. Ce n’est pas exactement une sieste, mais c’est le même principe : accepter que le corps a besoin d’une pause réelle, et non de continuer à marcher ou à regarder des choses tout en étant épuisé. Une vingtaine de minutes assis, sans écran, sans conversation, produit un effet proche de celui d’une vraie sieste, même sans sommeil complet.

S’arrêter au bon moment de l’après-midi, ce n’est pas perdre du temps sur le voyage, c’est éviter de perdre la soirée qui suit.

Le regard des autres, qu’on finit par ignorer

Il y a longtemps, je pensais que faire une sieste en voyage donnerait l’impression, à ceux qui voyageaient avec moi ou même à moi-même, que je n’exploitais pas assez le temps disponible. C’est un jugement assez répandu, et je l’ai porté sur moi-même pendant des années avant de m’en défaire. Ce qui m’a aidé, c’est de constater, très concrètement, la différence entre une soirée après une pause et une soirée sans pause. Une fois qu’on a vécu la différence plusieurs fois, il devient difficile de continuer à culpabiliser pour une demi-heure allongé les rideaux tirés.

Ce que je fais avant de m’allonger

Un petit rituel que j’ai pris avec le temps : avant de m’allonger pour cette pause, je règle une alarme, toujours, même pour vingt minutes. Pas pour me forcer à dormir un temps précis, mais pour éviter l’inquiétude de me réveiller trop tard, celle qui empêche justement de se détendre pendant la pause. Je ferme aussi les rideaux ou volets si possible, pas pour un noir complet, seulement pour couper la lumière directe qui empêche de vraiment relâcher les épaules. Ce sont des détails simples, presque évidents, mais je les avais longtemps négligés avant de les intégrer comme une routine fixe.

Une habitude que je ne cache plus

Aujourd’hui, quand je voyage avec d’autres personnes, je dis simplement que je vais faire une pause l’après-midi, sans détour ni justification. Ce n’est plus une faiblesse à cacher, c’est devenu une partie du rythme du voyage, au même titre qu’un repas ou une nuit de sommeil. Après des années à observer des voyageurs depuis l’autre côté du comptoir, puis à voyager moi-même avec cette habitude bien installée, je suis convaincu que la sieste assumée en voyage n’est pas un luxe ni une perte de temps, mais une des choses les plus simples qu’on puisse faire pour rendre un séjour plus doux, du début à la fin.

Un souvenir précis, à Chalon-sur-Saône

Je repense souvent à un après-midi d’été à Chalon-sur-Saône, arrivé en train un peu avant midi après une correspondance manquée qui m’avait fait perdre près de deux heures. Plutôt que de me précipiter pour rattraper le programme que j’avais en tête, je suis rentré directement dans la chambre réservée, j’ai fermé les volets, et je me suis allongé une petite heure sans même défaire le sac. Je suis ressorti en fin d’après-midi, la ville toujours là, les mêmes rues à découvrir, mais avec une disposition d’esprit complètement différente de celle que j’aurais eue en enchaînant sans pause après une matinée déjà fatigante. La soirée qui a suivi, un simple dîner et une marche le long de la Saône, reste l’un des souvenirs les plus agréables de ce séjour, précisément parce qu’elle n’a pas été traînée derrière une fatigue non résolue.

Ce que je dis à ceux qui voyagent avec moi

Quand je pars accompagné, je préviens toujours à l’avance que je vais m’accorder cette pause, plutôt que de la découvrir sur place au moment où la fatigue tombe. Ça évite un malentendu assez fréquent, celui où l’autre personne interprète la sieste comme un manque d’intérêt pour le voyage ou pour sa compagnie, alors qu’il s’agit simplement d’un besoin physique très concret. Une fois ce point clarifié avant le départ, la pause de l’après-midi devient un moment naturel du séjour, parfois même partagé, plutôt qu’une source de tension entre deux façons différentes de voyager.

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