Trains & trajets

Ce qu’une première nuit en train de nuit m’a appris sur le repos

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La première fois que j’ai pris un train de nuit, c’était pour rallier Vienne depuis Paris, et je m’attendais à une nuit blanche compensée par le gain de temps. J’ai été surpris de constater le contraire : j’ai dormi plus que je ne l’aurais cru, mais pas de la façon dont je dors chez moi, et c’est cette différence qui m’a le plus appris.

Le compartiment n’est pas une chambre

Le confort d’un train de nuit dépend beaucoup du type de couchette réservé, et je le dis avec le recul de quelqu’un qui a longtemps géré des chambres d’hôtes : ce n’est pas la literie qui fait la différence, c’est le bruit et le mouvement. Un compartiment partagé, même propre et bien tenu, reste un espace où l’on entend la respiration du voisin, les annonces occasionnelles, le raclement des roues sur certains tronçons. J’ai appris à ne rien attendre d’un sommeil profond et continu, mais plutôt d’une succession de phases courtes, entrecoupées de réveils brefs à chaque ralentissement ou arrêt en gare.

Un compartiment individuel, quand il existe, change beaucoup la donne, mais reste étroit, et la sensation d’espace confiné peut gêner ceux qui n’y sont pas habitués. Je conseille, à qui hésite, de tester d’abord un trajet plus court avant de s’engager sur une nuit entière, histoire de savoir comment son corps réagit à ce genre d’espace.

Le bruit qu’on n’anticipe pas

Ce que je n’avais pas anticipé, c’est le bruit des portes entre voitures, qui claquent à intervalles irréguliers toute la nuit, et celui, plus sourd, des changements d’aiguillage qui secouent légèrement la voiture sans prévenir. Dans une maison d’hôtes, je réglais ce genre de souci en changeant un client de chambre s’il se plaignait d’un radiateur bruyant côté rue. Dans un train de nuit, on ne change pas de compartiment en cours de route, alors autant s’y préparer avant de partir : des bouchons d’oreille glissés dans la poche du sac, pas dans la valise qu’on a rangée en hauteur, c’est un détail qui vaut la peine d’être pensé à l’avance.

Le masque et le reste

La lumière, elle aussi, varie beaucoup selon les gares traversées en pleine nuit, certaines très éclairées, d’autres presque dans le noir complet. Un masque de nuit simple aide à lisser ces variations sans qu’on ait besoin d’y penser à chaque halte. Ce sont des détails qui semblent mineurs pris séparément, mais qui, cumulés sur sept ou huit heures, font une vraie différence entre une nuit qui repose et une nuit qui use.

Le repas du soir, avant de monter

Un autre point que j’ai appris à ne pas négliger : manger correctement avant de monter dans un train de nuit, plutôt que compter sur un service à bord parfois limité ou sur un distributeur au bout du couloir. Un repas trop léger avant une nuit passée assis ou à moitié allongé laisse une sensation de faim qui perturbe le sommeil autant qu’un bruit de porte, et qui pousse à se relever au milieu de la nuit à la recherche de quelque chose à grignoter, ce qui n’arrange rien pour l’endormissement. Je prends désormais le temps de dîner tranquillement avant l’embarquement, même si cela signifie arriver en gare un peu plus tôt que nécessaire, plutôt que de me presser pour attraper le train le ventre vide.

L’arrivée, moment délicat

Ce que je retiens surtout, c’est l’état dans lequel on descend du train le matin. Contrairement à un vol de nuit qui dépose dans un aéroport souvent climatisé et éclairé de façon neutre, un train de nuit arrive en gare à une heure parfois matinale, dans une ville encore endormie, avec peu d’endroits ouverts pour souffler avant de rejoindre son logement. J’ai appris à prévoir un peu de marge après l’arrivée, à ne rien caler de sérieux dans les deux heures qui suivent, parce que le corps met du temps à comprendre qu’il est arrivé quelque part et pas seulement qu’il a changé de position.

Un train de nuit ne remplace pas une nuit de sommeil, il la transforme en autre chose, et mieux vaut le savoir avant de partir que le découvrir en arrivant fatigué.

Ce que j’emporte désormais

  • Une petite bouteille d’eau, remplie avant de monter, pour ne pas dépendre du service à bord pendant la nuit.
  • Des vêtements superposables, parce que la température d’un compartiment varie beaucoup d’un train à l’autre et qu’on ne contrôle pas toujours le chauffage.
  • Un chargeur de téléphone déjà à moitié plein avant de partir, au cas où la prise du compartiment ne fonctionne pas.
  • Rien de fragile posé en hauteur, parce que les secousses nocturnes sont plus fréquentes qu’on ne l’imagine.

Une correspondance délicate au petit matin

Le souvenir qui m’a le plus marqué reste une arrivée à Zurich un peu après six heures, avec une correspondance prévue quarante minutes plus tard vers Lausanne. Sorti d’une nuit fragmentée, j’ai eu besoin de plus de temps que d’habitude pour me repérer sur les quais, chercher le bon panneau, comprendre où descendre. J’ai fini par arriver à temps, mais j’ai compris ce jour-là qu’une correspondance serrée après une nuit en train demande plus de marge que la même correspondance en pleine journée, simplement parce qu’on n’a pas les mêmes réflexes au sortir d’une nuit passée assis ou allongé dans un espace mouvant.

Couchette basse ou couchette haute

Dans un compartiment partagé, le choix entre couchette basse et couchette haute change beaucoup plus l’expérience qu’on ne l’imagine avant de l’avoir testé. La couchette basse facilite les allées et venues nocturnes, utile si l’on dort mal ou si l’on doit se lever, mais elle reçoit aussi la lumière du couloir chaque fois qu’une porte s’ouvre. La couchette haute est plus isolée du passage, mais l’accès demande un peu d’agilité, surtout dans l’obscurité et avec la fatigue du soir. J’ai fini par préférer la couchette du milieu quand elle existe, un compromis correct entre isolement et accès facile, et je réserve désormais ce choix précisément plutôt que de laisser le système l’attribuer au hasard.

Je garde aussi mon sac le plus encombrant sous la couchette du bas plutôt qu’en hauteur, même si je dors en haut, pour éviter d’avoir à grimper avec un sac au moment de descendre au petit matin, encore à moitié réveillé et pressé par l’arrivée imminente.

Ce que j’en retiens pour organiser un séjour

Un train de nuit permet de gagner une journée, c’est son grand avantage, mais il faut accepter qu’il ne remplace pas une vraie nuit de repos. Je le conseille surtout pour des trajets où l’on peut se permettre une première demi-journée tranquille à l’arrivée, sans programme serré, plutôt que pour un séjour où chaque heure compte dès le matin. Un ancien client de la maison d’hôtes me disait un jour qu’il préférait toujours arriver la veille au soir en train classique plutôt que de nuit, quitte à perdre une soirée, simplement pour être sûr d’entamer son séjour en forme. Je ne vais pas jusque-là, mais je comprends mieux cette prudence depuis que j’ai testé la chose moi-même.

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