Trains & trajets

Bien choisir sa place pour un trajet de jour qui ne casse pas la journée

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Pendant huit ans, à l’accueil d’une maison d’hôtes, j’ai vu arriver des clients au sortir d’un trajet de plusieurs heures. J’ai appris à deviner, rien qu’à leur façon de poser leur sac, s’ils allaient bien dormir ou passer la soirée à récupérer. Ceux qui arrivaient tendus, l’épaule raide et l’air ailleurs, avaient presque toujours fait le trajet assis n’importe où, sans y penser. Ceux qui arrivaient détendus avaient, souvent sans le savoir, fait quelques choix simples avant même de monter dans le train.

Le sens de la marche, une question qu’on sous-estime

Je ne suis pas particulièrement sensible au mal des transports, mais j’ai fini par comprendre que beaucoup de gens le sont sans le savoir vraiment, surtout sur les trajets qui multiplient les courbes. Voyager dos à la marche, sur un trajet de plus de deux heures, peut suffire à installer une fatigue diffuse qu’on attribue ensuite au trajet en général, alors qu’elle vient surtout de ce détail. Quand je réserve, je prends quelques secondes pour vérifier le sens du siège si l’option existe. Ce n’est pas toujours possible, certains trains n’offrent pas ce choix ou la place attribuée automatiquement l’ignore complètement, mais quand l’option existe, je m’en sers.

Fenêtre ou couloir, une fausse évidence

La fenêtre a mauvaise réputation auprès de ceux qui aiment se lever souvent, mais elle a un avantage qu’on néglige : on peut caler sa tête contre la vitre ou l’accoudoir, fermer les yeux une vingtaine de minutes sans déranger personne. Le couloir facilite les allées et venues, mais expose à tous les passages, les chariots, les gens qui cherchent leur place avec une valise trop large pour l’allée. Sur un trajet de jour où l’objectif est d’arriver reposé, je préfère presque toujours la fenêtre, sauf si je sais que j’aurai besoin de me lever fréquemment.

Les wagons à éviter, ou du moins à connaître

J’ai compris assez vite qu’un wagon voisin de la voiture-bar est rarement le plus tranquille : va-et-vient constant, portes automatiques qui s’ouvrent et se referment avec un bruit sourd, conversations debout dans le couloir. Sur un trajet entre Dijon et Mulhouse, un jour où je n’avais pas fait attention à ma réservation, je me suis retrouvé juste à côté de cette porte pendant plus de trois heures. Rien de dramatique, mais un bruit répétitif suffisant pour empêcher toute vraie sieste et pour arriver la tête un peu lourde. Depuis, quand le plan du train est visible au moment de la réservation, je regarde où se trouve le wagon-bar et j’essaie de m’en éloigner d’au moins une voiture.

Les wagons familles, souvent signalés, sont utiles à repérer dans l’autre sens : si l’on voyage seul et qu’on cherche du calme, mieux vaut ne pas s’y installer par hasard, même si la place semblait libre sur le plan. Ce n’est reproche à personne, un enfant qui s’agite après deux heures de trajet est parfaitement normal, mais ce n’est pas l’environnement le plus reposant si l’on compte travailler ou dormir.

Un trajet de jour bien choisi ne se remarque pas. C’est surtout un trajet mal choisi qui se fait sentir, une fois arrivé.

Ce qu’on emporte sur les genoux

Autre détail que je corrige depuis quelques années : ne pas garder son sac à dos complet sur les genoux pendant tout le trajet. Cela semble anodin, mais sur trois ou quatre heures, le poids fini par tirer sur les épaules et le dos, même assis. Je range désormais l’essentiel dans une poche de manteau ou un petit sac à main, et je monte le reste en hauteur ou sous le siège devant. Les genoux libres, on change de position plus facilement, on peut replier les jambes, s’accouder autrement, ce qui compte beaucoup sur la durée.

Prévoir de quoi manger sans dépendre du wagon-bar

La voiture-bar, quand elle existe, n’est pas toujours accessible facilement selon où l’on est assis, et la file peut être longue aux heures de repas. J’ai pris l’habitude d’emporter de quoi tenir le trajet, un sandwich préparé la veille, quelques fruits, de quoi éviter d’attendre debout dans un couloir bondé simplement parce que j’ai faim. Ce n’est pas une question de confort superflu : arriver sans avoir mangé correctement ajoute une fatigue qui se superpose à celle du trajet, et le premier repas du soir en pâtit souvent, on mange trop vite ou trop tard.

Se lever un peu, même sans en avoir besoin

Sur un trajet de plus de trois heures, je me lève au moins une fois, même si je n’ai besoin de rien de précis. Quelques pas dans le couloir, s’étirer discrètement près des portes, cela suffit à casser la raideur qui s’installe sans qu’on la remarque tout de suite. Les arrêts un peu longs en gare intermédiaire sont l’occasion, à condition de rester attentif à l’heure de départ, de descendre sur le quai quelques instants, de respirer un air différent de celui du wagon. J’ai raté un départ une fois, à Besançon, pour être resté trop longtemps sur le quai à observer une gare que je trouvais belle. Depuis, je garde toujours un œil sur l’horloge du quai avant de m’éloigner du train.

Repérer sa voiture avant même que le train n’entre en gare

Un détail que j’ai mis longtemps à intégrer, c’est l’intérêt de savoir où s’arrêtera exactement ma voiture sur le quai. Sur beaucoup de lignes, un repère de composition indique, avant l’arrivée du train, à quel endroit du quai se positionnera chaque voiture. Ce genre d’information évite de courir sur cent mètres de quai, bagage à la main, une fois le train entré en gare, simplement parce qu’on est monté par la première porte venue et qu’on doit ensuite remonter tout le couloir pour trouver sa place. J’ai pris cette habitude après une correspondance courte à Lyon Part-Dieu, où j’avais dû traverser quatre voitures bondées avec ma valise pour rejoindre mon siège, alors qu’un simple coup d’œil au repère de quai m’aurait évité cette traversée.

Ce que j’observe chez les autres voyageurs

En observant les autres passagers au fil des trajets, j’ai remarqué que certains groupes valent la peine d’être évités si l’on cherche du calme, pas par jugement mais par simple logique de bruit ambiant. Un groupe de collègues qui voyage ensemble pour un déplacement professionnel parle souvent fort une bonne partie du trajet, surtout au départ. Une classe d’élèves en sortie scolaire, reconnaissable dès le quai à l’agitation qui l’entoure, occupe généralement plusieurs rangées consécutives. Rien de gênant en soi, mais si l’objectif du trajet est de se reposer ou de travailler tranquillement, je regarde désormais qui monte autour de moi avant de m’installer définitivement, et je n’hésite plus à changer de place si une autre est libre et visiblement plus calme, quand le train n’est pas complet.

Arriver reposé, ce n’est pas un détail

Ce que j’ai gardé de mes années en maison d’hôtes, c’est que la qualité d’un séjour se joue souvent avant même l’arrivée. Un voyageur reposé profite mieux de sa première soirée, dort mieux la première nuit, parce qu’il n’arrive pas déjà fatigué avant même d’avoir commencé. Choisir sa place, ce n’est pas une manie de voyageur exigeant, c’est simplement reconnaître que le trajet fait partie du séjour, pas juste un sas à traverser le plus vite possible. Les quelques minutes passées à réfléchir au sens de la marche, au wagon voisin du bar, à ce qu’on garde sur les genoux, ne coûtent rien et changent, à l’arrivée, la façon dont on aborde le reste du voyage.

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