Rituels de voyage

Le retour et le rangement, la partie du voyage qu’on oublie de préparer

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On prépare beaucoup de choses avant un voyage et presque rien pour le retour, comme si le voyage s’arrêtait à la porte d’entrée. Après huit ans à gérer une maison d’hôtes, où je voyais surtout l’arrivée des gens et rarement leur retour chez eux, puis plusieurs années à voyager moi-même de façon régulière, j’ai fini par comprendre que le retour mérite autant d’attention que le départ, sinon plus, parce que c’est lui qui décide de l’état dans lequel on reprend le quotidien.

Le sac qu’on laisse fermé trois jours

Pendant longtemps, en rentrant d’un voyage, je posais mon sac dans un coin et je le laissais là, fermé, parfois plusieurs jours, le temps de reprendre le rythme normal. Le problème, c’est que ce sac fermé devient une sorte de petit poids visuel dans la maison, un rappel constant qu’il reste quelque chose à faire, et plus les jours passent, plus le vider devient une corvée qu’on repousse. Aujourd’hui, je le fais différemment : je vide le sac le jour même du retour, même fatigué, même tard le soir. Ce n’est jamais un vidage complet et méthodique, simplement sortir le linge sale, ranger ce qui doit l’être, et laisser le sac vide, ou presque, dans un placard plutôt que dans un coin de la pièce principale.

La lessive du retour, pas la dernière corvée du voyage

Le linge accumulé pendant le séjour, en particulier si j’ai suivi ma routine de lavage partiel décrite ailleurs, arrive au retour dans un état gérable, pas dans un tas énorme qu’il faudrait affronter d’un coup. Je lance une machine le soir même ou le lendemain matin, sans attendre, pour la même raison que je vide le sac tout de suite : plus on repousse cette étape, plus elle devient pesante, alors qu’elle est en réalité assez rapide si on s’y prend rapidement après le retour.

Le premier repas à la maison, un repère sous-estimé

Un détail auquel je fais attention depuis quelques années : le premier repas pris à la maison après un retour. Je m’assure toujours qu’il y a quelque chose de simple à manger prêt pour ce moment-là, souvent quelque chose que j’avais mis de côté avant de partir, justement pour éviter de rentrer fatigué et de devoir en plus réfléchir à un repas ou sortir faire des courses. C’est un détail qui rappelle un peu ce que je faisais à la maison d’hôtes, où je préparais toujours quelque chose de simple pour les clients qui arrivaient tard le soir, sachant qu’un repas trouvé facilement change beaucoup l’humeur d’une arrivée fatiguée. Le principe est exactement le même au retour chez soi.

Le retour d’un voyage se joue dans les deux ou trois premières heures après la porte d’entrée, pas dans les jours qui suivent.

Ranger les photos et les notes avant qu’elles ne se perdent

Je prends aussi un moment, dans les premiers jours après le retour, pour relire les quelques notes prises dans mon carnet et pour trier les photos prises pendant le séjour. Ce n’est pas un gros travail, une demi-heure suffit largement, mais je remarque que si je ne le fais pas rapidement, ces éléments finissent par se perdre dans le flot du quotidien qui reprend. Une note écrite sur un coin de carnet à propos d’un logement bruyant ou d’un petit-déjeuner particulièrement bon n’a de valeur que si je peux la retrouver plus tard, au moment de préparer un prochain voyage. Passé quelques semaines, sans ce tri rapide, ces détails se dissolvent et perdent leur utilité.

Ce que je ne fais plus au retour

Il y a une chose que j’ai arrêté de faire au retour d’un voyage : reprendre immédiatement un rythme de travail plein, sans aucune marge. Pendant des années, je rentrais un dimanche soir et je reprenais le travail le lundi matin comme si de rien n’était, ce qui donnait souvent une semaine assez difficile, avec une fatigue de voyage qui se mélangeait à la fatigue du quotidien retrouvé. Aujourd’hui, quand c’est possible, je garde au moins une soirée, parfois une journée entière, entre le retour et la reprise, justement pour vider le sac, faire cette lessive, ranger les notes, et surtout dormir une nuit complète dans mon propre lit avant de redevenir pleinement disponible pour le reste de la vie.

Le lit qu’on retrouve, préparé plus tôt

C’est là que revient un détail dont j’ai déjà parlé ailleurs, celui du lit fait avant de partir. Rentrer fatigué, ouvrir la porte de sa chambre, et trouver un lit déjà fait plutôt qu’un lit défait depuis le départ, ça change réellement l’humeur du retour. Ce petit geste, fait des jours ou des semaines plus tôt, à un moment où l’on n’était pas encore fatigué par le voyage, paie au centuple au moment où l’on rentre, épuisé, avec juste l’envie de se coucher sans avoir à s’occuper de quoi que ce soit d’autre.

Un rituel de retour, pas seulement un rituel de départ

Après des années à observer surtout des arrivées, à la réception d’une maison d’hôtes, puis à vivre moi-même des dizaines de retours chez moi, je suis convaincu que le retour mérite son propre petit rituel, distinct de celui du départ. Vider le sac le jour même, lancer une lessive sans attendre, prévoir un premier repas simple, trier rapidement notes et photos, et garder une marge avant de reprendre le rythme habituel : ce sont des gestes modestes, mais ce sont eux qui décident si un bon voyage se termine bien, ou si son souvenir reste un peu gâché par les jours fatigants qui ont suivi le retour.

Le dernier trajet, souvent négligé

Il y a un détail auquel je fais attention depuis peu, celui du tout dernier trajet du voyage, entre la gare d’arrivée et la porte de chez moi. C’est souvent le moment où l’on baisse complètement la garde, persuadé que le voyage est déjà fini puisqu’on est rentré dans sa propre ville. J’ai pourtant remarqué que ce dernier segment, mal préparé, peut gâcher l’impression générale d’un retour autrement réussi, un métro raté de peu, une correspondance de bus mal calculée, un sac trop lourd sur les derniers mètres à pied. Je regarde donc, avant même de descendre du train, comment se passera ce tout dernier trajet, exactement comme je le ferais pour le premier soir dans une chambre inconnue. Ce n’est qu’une fois la porte refermée derrière moi que je considère vraiment le voyage terminé, pas au moment où le train s’arrête en gare.

Le lendemain du retour, un jour à part

Le jour qui suit un retour de voyage mérite, à mon avis, d’être traité un peu différemment des autres, même quand il faut reprendre le travail. Je garde toujours ce matin-là un peu plus lent que d’habitude, un café pris assis plutôt qu’avalé debout, une marche courte pour rejoindre le travail plutôt qu’un trajet précipité. Ce n’est pas une grande décision, seulement une façon de laisser le corps et l’esprit basculer doucement d’un rythme de voyage vers un rythme de quotidien, plutôt que de passer d’un état à l’autre en une seule nuit de sommeil. J’ai constaté, après plusieurs retours traités de cette manière, que la semaine qui suit un voyage se passe nettement mieux quand ce premier matin garde un peu de la lenteur du séjour qui vient de se terminer.

La lettre du dimanche soir

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